Conte infantile de Noël inspiré de paroles et de fables bien connues à l'usage des petits et des grands.

La fourmi a travaillé toute l'année, s'est reposée un peu durant l'été pour reprendre dès le mois de septembre et ses promesses de saisons mauvaises. L'hiver arrivant, elle ne fut pas prise au dépourvu et put ainsi parer à toutes les éventualités. S'allant avec l'argent gagné faire quelques provisions au supermarché, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit s'approchant fort déguenillée la cigale désenchantée.

- « N'auriez-vous pas quelques pièces à me donner pour que je puisse subsister lança-t-elle à peine la fourmi abordée ? C'est que je n'ai pas le sou et ma famille et moi-même n'avons rien à manger. Nous sommes pris de court et il ne vous aura pas échappé, à vous voir ainsi chaudement vêtue, que la bise est d'ores et déjà venue» - « Nenni, lui répondit la fourmi qui n'est pas prêteuse et dont c'est là le moindre défaut. Que faisiez-vous tout au long de cette année ? N'avez-vous pas pensé aux jours froids qui finiraient bien par arriver et vous trouveraient fort démunie ? » - « Oh, répondit la cigale, c'est que j'avais beaucoup à faire. Pour m'attirer quelques subsides, je chantais pour les passants et parfois même je dansais sur des trottoirs fort réjouis. Mais vous savez la musique et la danse pratiquées par intermittence rapportent peu. » - « J'en suis fort aise répondit la fourmi toute assurée, il vous suffit maintenant de faire quelques claquettes et autres jongleries et je ne doute pas que ces exercices puissent vous réchauffer. »

A ces mots, la cigale ne se sentit plus de tristesse, elle qui pensait qu'avec quelques artifices artistiques, il fut encore possible d'attendrir les cœurs les plus endurcis. Mais les croquants et les croquantes n'aiment pas que l'on suive d'autres routes qu'eux, celles du travail assidu et de la conformité ascétique. Elle s'en fut alors, chassant de sa tête l'idée chimérique qu'un petit coin de paradis musical enfoncé dans la grisaille et la pollution d'un mois de décembre pourrait encore s'échanger contre un peu de miel au gingembre.

Elle alla rencontrer ses amies les cigales et leur conta par le menu – vide en cette occurrence - sa mésaventure. Celles-ci tout aussi démunies et fort désappointées s'en émurent. Après avoir pallié le plus urgent, elles décidèrent de s'arrêter... De s'arrêter de chanter et de danser. Les oiseaux, de concert et solidaires, suspendirent sifflets et autres gazouillis ; les chats de miauler, les chiens d'aboyer ; les enfants, toujours frondeurs, interrompirent leurs jeux animés et se mirent à collectionner, silencieux, les dernières feuilles de l'automne et les quelques brindilles de bois mort délaissées par l'aspirateur municipal.

L'air devint plus épais, plus sale. Le silence envahit la ville, rompu ça et là par le bruit des moteurs diesel des voitures aux numéros impairs. Etourdies, les fourmis n'en pouvant mais, s'alanguirent. Chacune allait grise dans le jour solitaire. Alors, elles jurèrent, mais un peu tard, qu'on ne les y reprendrait plus. Ainsi va le monde !

Didier Martz, essayiste le 19 Décembre 2016

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