La chronique « Ainsi va le monde »

Ainsi va le monde n°418 - La culture nous rend-elle plus humain ?

Une belle "correction" infligée à un sujet du bac philo 2018 !!!!

La culture nous rend-elle plus humain ? C'est la question posée aux candidats au baccalauréat 2018 pour l'épreuve de philosophie. On pensera qu'elle ne s'adresse qu'à ces jeunes filles et jeunes gens et de loin, à nous autres, les grands et les importants. Certes, si on y réfléchit un peu, il ne nous viendra pas spontanément à l'esprit que la culture dont il est question ici désigne l'ensemble des activités que l'homme développe et qu'il oppose à la nature pour s'en distinguer et se distinguer de l'animalité. En effet, nous avons tendance à penser que « nous ne sommes pas des bêtes » même si le traitement dont sont victimes des femmes, des hommes et des enfants ici et ailleurs inclinerait à penser le contraire. Jusqu'à envier la tranquillité de la vache dans le pré regardant passer d'un œil torve les trains à grande vitesse. Mais restons en altitude et considérons quelques instants que la culture est bien ce qui distingue l'homme de l'animal même si parfois « il ne lui manque plus que la parole »... à l'animal bien sûr! La culture rend humain ou fait de nous des humains. Bien. Mais pourquoi avoir ajouter « plus humain » ? Que signifie ce « plus » ? Et plus humain que quoi ? Que l'animal ? Ce qui signifierait que l'animal serait déjà un peu humain et qu'en le cultivant, en le domestiquant, il deviendrait « plus humain » ? Ou à l'inverse que l'homme avant que ne se développe la culture et toutes ses activités, serait déjà humain ? Ce « plus » sous-entend alors que nous sommes déjà quelque peu humain avant l’apparition de la culture, ou même sans culture ? On pourrait penser que c'est là se « prendre la tête » pour rien comme le fait l'étudiant parvenu à ce stade de la réflexion, les deux mains sur les tempes dans la position de celui qui va avoir un vertige. Mais s'il y réfléchit bien, il s'apercevra qu'il touche ici à un point crucial de la pensée occidentale qui a toujours posé – et pose encore – que l'homme diffère radicalement de l'animal par la culture et notamment par le langage. Or les barrières entre espèces tombent une à une et c'est plutôt de continuité entre l'animal et l'homme dont on parle aujourd'hui plutôt que de rupture. Du coup, la question « la culture rend-elle l'homme plus humain ? » prend un tout autre tour. Laissons là la réflexion extravaguer sur ce thème et prenons le mot « culture » en un autre sens, celui désignant un ensemble de savoirs et comme dit le dictionnaire désignant un « ensemble de connaissances et de valeurs abstraites qui éclaire l'homme sur lui-même et sur le monde, enrichit son esprit et lui permet de progresser. » Ainsi dira-ton d'un homme ou d'une femme qu'il ou elle est « cultivé.e. » Là, notre question prend encore un autre tour. La culture entendue comme ensemble de connaissances et de savoirs nous rend-elle plus humain ? Et plus humain au sens moral du terme ? C'est-à-dire la culture nous rend-elle plus apte à distinguer le Bien du Mal, le Bon du Mauvais et nous rend-elle apte à éviter le second au profit du premier ? Hélas, l'histoire et l'actualité nous montre qu'une société hautement civilisée, pleine de droits de l'homme, peut commettre toutes les formes d'exactions depuis l'extermination jusqu'à la maltraitance passive, depuis le premier juif jusqu'au dernier des migrants et que ce n'est pas parce qu'on a son bac qu'on est empêché de commettre les mauvais gestes et les mauvaises actions. Paul Valéry dans la première lettre de la Crise de l'esprit de 1919 écrivait après sa fameuse phrase sur la mortalité des civilisations : « les grandes vertus des peuples allemands ont engendré plus de maux que l’oisiveté jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sérieuses, adaptés à d’épouvantables desseins. Tant d’horreurs n’auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualités morales. Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects ? ». Ainsi va le monde ! Didier Martz, essayeur d'idées, philosophe. 18 Juin 2018

Ainsi va le monde Ainsi va le monde n° 417 - Des robots et des hommes

On s'émeut beaucoup à l'idée, proche du fantasme, que les robots pourraient bientôt remplacer les hommes. L'idée est au cœur du courant de pensée appelé post-humaniste. Ce n'est pas seulement une idée. On observe ici et là des objets dotés d'une « intelligence » telle qui laisse penser, espérer ou  […]

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416 - L'UNEF, le voile, les lunettes, le caméléon, la couverture écossaise, la laïcité

L'image vidéo d'une responsable parisienne de l’UNEF portant un hijab a mis en émoi le landernau politique et médiatique. Maryam Pougetoux, présidente de l'UNEF, un syndicat étudiant, mobilisée contre la réforme de l’inscription à l’université dite Parcoursup ' suscite un vaste débat, pas tant pour  […]

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Ainsi va le monde N° 415 - Mon nom est personne

« Mon nom est Personne » est le titre d'un western spaghetti de Tonio Valérii de 1973 mais bien avant cela c'est la référence au mauvais tour que joue Ulysse au cyclope en lui disant qu'il s'appelle « Personne ». On sait ce qu'il advint du cyclope pour l'avoir cru ! On s'en souvient peut-être, il y  […]

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Ainsi va le monde n° 409 - Les baguettes et la fourchette

Un conte chinois raconte ceci : « Une nuit, Confucius, le sage, rêva qu’on l’emmenait voir les damnés qui croupissaient en Enfer. Quelle ne fut pas sa surprise de s’apercevoir que l’Enfer ressemblait fort à une grande salle de banquet avec une table géante autour de laquelle les damnés étaient  […]

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Ainsi va le monde n°413 – Un tourisme génocidaire

Tourisme génocidaire. J'ai bien conscience qu'en employant le terme de génocide de cette manière, je vais être accusé de détournement de fond, le fond qui fait le sens véritable des mots. Surtout en accolant le terme à « tourisme ». En effet, selon l'encyclopédie en ligne Wikipédia, un génocide – je  […]

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412 – Dormez tranquilles, ON prend soin de vous

« Les magasins X me remercie de ma visite et espère me revoir » ; ce village, que je n'ai fait que traverser à une vitesse raisonnable, après m'avoir souhaité la bienvenue à son entrée, à la sortie me remercie lui aussi de ma visite et espère lui aussi me revoir bientôt ; sur le ticket de caisse,  […]

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407 – Les Guayakis et le service public

Que diriez-vous si, jardinier, vous ne pouviez pas consommer votre propre production ? Ou encore si, travailleur ordinaire, vous deviez remettre les fruits de votre travail, votre salaire, à quelqu'un d'autre sans jamais pouvoir y toucher ? A part le fait que vous pourriez vous inquiéter de votre  […]

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Ainsi va le monde n°404 - Ils étaient dix ce matin...

Ils étaient dix ce matin, de 6 nationalités différentes, dans la petite pièce du local où des femmes servent de relais entre celles et ceux qui, d'ailleurs ou de nulle part, viennent ici. Ici, c'est le cours de français du vendredi pour mettre des mots nouveaux sur les choses de toujours. Marie  […]

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402 - Des lieux de privation de liberté

Le mouvement récent des surveillants de prisons à attirer à nouveau l'attention sur ces lieux qu'on appelle lieux de privation de liberté. Au premier abord, on aurait tendance à penser qu'il s'agit encore dans cette appellation d'un euphémisme pour éviter d'appeler les choses par leur nom, surtout  […]

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Ainsi va le monde n° 400 - Résilience

D'une chanson de l'américain Teddy Martin et ses Las Vegas Twisters, traduite en français et interprétée au printemps 1962 par nombre de chanteurs comme Richard Anthony, Danny Boy, Eddy Mitchell, Johnny Halliday, je reprends le premier couplet et remplace « twist » par « résilience ». Une paraphrase  […]

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Ainsi va le monde n° 398 - La disparition des lucioles

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, le réalisateur et écrivain Pier Paolo Pasolini est assassiné. Il n'était pas beaucoup aimé des milieux politiques et financiers pour ses prises de position notamment sur le fascisme. Le 1er février 1975, donc neuf mois avant sa mort, il écrit dans le quotidien  […]

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Ainsi va le monde n° 397 - Va voir là-bas si j'y suis

Le propos de cette chronique paraîtra trivial et bien léger. Une légèreté sans doute insoutenable comme disait Milan Kundera pour ceux friands de réflexions abstraites et de discours généraux. Ceux qui font métier de réfléchir sur les affaires du monde et voir comment il va se sont constamment  […]

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