Sous les Mérovingiens, l'année commençait le 1er mars dans plusieurs de nos provinces, elle débuta à Noël sous Charlemagne dans tous les territoires soumis à sa juridiction. Sous les Capétiens, le jour de l'an coïncidait avec la fête de Pâques, usage presque général au Moyen Âge. En certains lieux, l'année changeait le 25 mars, fête de l'Annonciation. Le concile de Reims, tenu en 1235, mentionne cette date comme « l'usage de France ». C'est le roi Charles IX qui rendit obligatoire, en 1564, la date du 1er janvier comme origine de l'année. L'unification du pays est en route. Avec l'organisation de l'espace, celle du temps, tous au diapason et au clavier tempéré !

La période n’est pas loin de coïncider avec le cycle de la nature. Pour les populations agraires, la nouvelle année commence au solstice d'hiver avec lequel les jours commencent à rallonger. C'est la période où tous les travaux agricoles de l'année passée sont terminés et où les grains semés sont ensevelis sous la terre et la neige en attente du printemps pour germer. La récolte étant toujours incertaine compte tenu des aléas climatiques et après avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir, les populations ne peuvent alors que compter sur l’incantation pour que l’année soit bonne. Faire auprès des dieux des vœux de bonne récolte.

De là, on peut se demander comment des vœux destinés à obtenir une bonne récolte puissent passer à des sujets comme la santé, l'amour, la vie professionnelle, le bonheur, etc. Ou plus largement souhaiter que l'année soit bonne sur tous les plans. S'il s'agit de récolte gageons qu'il s'agit alors d'une récolte symbolique.

Cependant autant on peut accorder à nos ancêtres la conviction profonde que la bonne récolte est due à des vœux sincères et la mauvaise à un manque d'enthousiasme dans leur expression, autant il est permis de douter aujourd’hui de la sincérité de ces vœux envoyés virtuellement par wagons entiers via le net avec la même formule indifférente. La carte écrite à la main avait encore la vertu de requérir un effort mais nous avons tellement « d'amis » (sic) maintenant...

Et par millions, centaines de millions, on se fait mutuellement des vœux de bonne santé, de prospérité, d’amour. Et, bien que superstitieux, nous ne sommes pas suffisamment crédules pour penser qu'ils se réaliseront ou que leur réalisation tiendra à leur profération. La pluie ne vient pas de la danse encore que certaines voix le laisseraient volontiers entendre. Alors à quoi ça rime ? A rien ?

Ça rime avec cette volonté sans doute inconsciente de faire à tout prix société, d'aller contre vents et marées pour que quelque chose tienne, de lutter contre toutes ces forces qui veulent séparer, diviser. Et, par conséquent, de dépenser une énergie tout de même un peu folle pour faire en sorte que la société ait un peu d'allure. En somme, pour défendre un intérêt général humain.

Alors bonne année et s'il dépend peu de nous qu'elle le soit, faisons en sorte qu'au moins elle soit belle. Donc, esthétique. Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe, essayiste 31 Décembre 2016

www.cyberphilo.org