Bienvenue à toutes et à tous

Les messages du gouvernement invitant à des règles d'hygiène et de sécurité sont désormais monnaie courante. Soucieux de notre bien-être et de notre santé, il multiplie les recommandations pour que nous ne tombions pas malades d'une grippe, d'un rhume ou d'une autre bronchite. Se laver les mains pendant 30 secondes plusieurs fois par jour, jeter son mouchoir après s’être mouché, mettre un bonnet, des chaussettes et une écharpe quand il fait froid. Et si vous avez des difficultés pour le lavage des mains, il affichera un peu partout dans les toilettes publiques un mode d'emploi en 6 phases qui devrait vous permettre de faire face. Le document est d'ailleurs en ligne sur Internet afin que vous puissiez l'afficher dans la salle de bains.

Toujours soucieux de notre sort, il invitera à se protéger du soleil quand il fait chaud et à s’hydrater en toute circonstance. 2 litres d'eau par jour est un bon objectif. S’hydrater, mais éviter de boire de l'alcool. C'est dangereux pour la santé. Il l’est aussi pour votre intégrité physique et celle de ceux qui vous croisent : ‘’Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts !’’ nous rappelle ce déjà vieux proverbe. Ce pouvoir attentionné n'hésitera pas, sous la publicité alléchante et tentante d'une bouteille, d'indiquer qu'il ne faut pas abuser de l'alcool.

En revanche, sur les fruits et les légumes, pas de retenue. A raison de cinq par jour. Sans abuser pour autant des jus de fruits frais : trop sucrés, ne pas dépasser un verre toutes les 24 heures. On évitera bien sûr de grignoter entre les repas comme le rappelle sur nos écrans et en caractères illisibles l'agence chargée de veiller sur notre santé

Ce pouvoir soucieux multiplie les recommandations pendant l'hiver. Ainsi, lorsque vous toussez ou éternuez et si vous n'avez pas de mouchoir en papier, faites le dans le pli de votre coude ou le haut de votre bras étant donné que ces endroits ne sont pas en contact avec des personnes ou des objets. Par conséquent, évitez la main car elle est le support idéal pour la dissémination des virus.

Avec constance, il travaille à notre bonheur et s'émeut de la persistance des fumeurs à fumer malgré les efforts faits pour les dissuader. A regret, il doit utiliser la contrainte et augmenter le prix du tabac.

En parodiant un texte de Tocqueville dans son livre La Démocratie en Amérique paru en 1840, il s'éléve au-dessus de nos tête un pouvoir tutélaire qui se charge seul de veiller sur notre sort. Il est prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs et contrôle leur usage... Bref, un pouvoir maternel nous recommandant de ne pas prendre froid, de faire attention en traversant, de ne pas rentrer trop tard et de mettre un chapeau lorsqu'il fait soleil. Et Tocqueville d'ajouter : « que ne peut-il nous ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre? » Ainsi va le monde !

Didier Martz, mercredi 1er Février 2017 La chronique radiophonique « Ainsi va le monde » www.cyberphilo.org