Ainsi va le monde n° 380 - « En même temps... »

Je ne sais pas vous mais moi je suis plutôt surpris qu'on puisse se gausser de ce que les uns s'empressent d'appeler un « tic de langage » chez notre nouveau président. Un peu moins maintenant certes mais il a été régulièrement critiqué pour son usage répété de l'expression "en même temps", tellement répétée qu'elle pouvait apparaître comme un tic. Au-delà du mouvement convulsif, d'autres ont vu là le témoignage d'une personne hésitante incapable de se décider, de se déterminer entre deux ou plusieurs choses ou d'opter pour un parti, pour une solution. Ainsi l'âne de Buridan avait « en même temps » soif et faim, tellement soif et faim, tellement incapable de choisir, qu'il en mourût.

Ce qui n'arrivera pas à notre président car son « en même temps », loin d'être un tic de langage ou le signe de l'indécision est l'expression d'une philosophie et d'une politique. J'ai déjà eu l'occasion de présenter ici l'aquoibonisme dérivé de l'expression « à quoi bon » et de l'alorquoisme lui dérivé de l'autre expression « alors quoi » et je crois que l'usage de l'expression « en même temps » pourrait donner l' « enmêmetemp-isme », un mode de pensée permettant de faire tenir « en même temps » ou ensemble donc, des contraires, des contradictions ou des opposés qui habituellement n'ont rien à faire ensemble et qu'en bonne logique il conviendrait de résoudre par l'élimination de l'un ou l'autre des termes de la contradiction. Ce que nous faisons facilement – enfin pas toujours – lorsqu'il nous faut nous déterminer pour le fromage ou le dessert.

Pour Emmanuel Macron au contraire, utiliser « en même temps » c'est certes nuancer un propos mais ça signifie aussi que l'on peut et doit prendre en compte des principes opposés. Je choisis, dit-il, « la liberté et l'égalité, la croissance et la solidarité, la gauche et la droite et même le centre, l'entreprise et les salariés... » Bref, ajoute-t-il, je tiens à me démarquer de ceux « qui aime les cases, les idées bien rangées », toujours un peu trop dogmatiques.

Bien avant, Edgar Morin, grand penseur devant les hommes, nous avait invités dans sa théorie de la complexité à nous départir de cette forme de pensée binaire qui consiste à réfléchir à coup d'exclusions : c'est blanc ou noir, c'est l'un ou l'autre mais pas les deux ensemble. Au contraire, le clair peut être obscur, la joie triste, le jeune vieux et inversement. Vive l'oxymore, finis les oppositions, les conflits, les contradictions, les intérêts divergents, les différences, tout s'apaise, se lisse et se calme. On est ni de l'un, ni de l'autre... On est et de l'un et de l'autre... De ci, de là.

Comme en physique quantique, l'onde et la particule absolument contradictoires font bon ménage dans le rayonnement lumineux ; la particule peut être là et ailleurs ; des évènements qui auraient pu se produire, mais qui ne se sont pas produits, influent sur les résultats de l'expérience ; le présent peut agir sur le passé, etc. etc. Bref tout est dans tout, le même est « en même temps » le même.

Ainsi, je peux désormais aller voir là-bas si j'y suis, « être en même temps » là et ailleurs. On pourrait voir là un retour à une philosophie de l'absurde, au théatre de l'absurde du milieu du XXème siècle où les personnages sont réduits au rang de pantins incapables de penser tant les cartes et les repères sont brouillés. Comme dit Jacques Prévert « de deux choses l'une, l'autre est le soleil » ! Ainsi va le monde !

Didier Martz, essayeur d'idées lundi 26 Juin 2017

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La tyrannie du Bienvieillir (avec Michel Billé) - Le bord de l'eau - La lumière noire du suicide (avec Hélène Genet) - ERES - Dépendance quand tu nous tiens (avec M. Billé et MF Bonicel) – ERES - Dictionnaire impertinent de la vieillesse (Collectif) – ERES (à paraître en Septembre 2017) -

Ainsi va le monde n° 378 - Le temps ne fait rien à l'affaire

Loi sur la réforme du code du travail, loi de moralisation de la vie publique, constitutionalisation de l'état d'urgence... voilà des sujets qui vont occuper le nouveau gouvernement et la société française dans les semaines et les mois à venir. Un grand vent de réformes comme on n'en a jamais vu, souffle ou va souffler sur l'hexagone. Mais ce n'est pas tant la nature des réformes qui a mis Eole, le grand maître et régisseur des vents en mouvement, mais plutôt la jeunesse de ceux qui les porte...

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Ainsi va le monde n°377 - Kwassa-kwassa ou ces mots qui nous échappent

Le 02 juin, en visite au centre de sauvetage d'Étel, en Bretagne, Monsieur Macron, président de la République Française, a fait un trait d'esprit dit humoristique au sujet de ces bateaux de pêche comoriens, les kwassa-kwassa, en déclarant que « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène DU Comorien, c'est différent. »

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Ainsi va le monde n° 375 - Pléonexie (2)

Pour Dany Robert Dufour (psychanalyste) la pléonexie c'est l'accumulation, la boulimie d'avoir et d'avoir toujours plus. Elle désigne le fait de « vouloir plus que sa part ». Cette attitude est sévèrement condamnée chez les Grecs et en particulier Platon car elle s'apparente à l'hubris, la « démesure »...

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Ainsi va le monde n° 371 - Tomber de Charybde en Scylla

Tomber de Charybde en Scylla. C'est sans doute ce que doivent se dire des électeurs au moment de choisir entre l'un ou l'autre des candidats retenus au premier tour de l'élection présidentielle pensant que pour échapper à un danger ou un inconvénient ils risquent de se frotter à un autre encore plus grave.

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Ainsi va le monde n° 370 - Bulletin météorologique du 16 Avril 2025

Dimanche 16 avril 2025. Bulletin météo. La présentatrice fait grise mine : il va faire beau sur toute la France y compris au Nord de la Loire. D'ailleurs, elle n'emploie plus l'expression « faire beau » mais « temps maussade avec ciel désespérément bleu », un soleil provocateur et ironique celui qu'on faisait sourire autrefois sur les dessins d'enfant brillera ou assommera toute la France; pas l'ombre d'un nuage et pas d'ombre du tout. Dans le Sud au plus fort de la journée, les températures voisineront les 45 degrés ; au Nord, dans les Ardennes, autour de 35 degrés.

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Ainsi va le monde n°369 – Abstention

S’abstenir renvoie à une notion du vocabulaire stoïcien et chrétien, qui signifie « (se) tenir à l'écart de, renoncer à » dont le sens s’est réparti entre abstention et abstinence. Pour l'une ou l'autre, il s’agit là de s'interdire une chose par un renoncement volontaire et mûrement réfléchi.

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Ainsi va le monde n°368 - La pente fatale

Dans la matinale politique de France-Culture de ce jour, Madeleine de Jessey, soutien de François Fillon, présidente de l'organisation Le Sens Commun, répond aux questions de Guillaume Erner. A un moment de l'interview, il est question du droit à l'enfant et l'invitée pense qu'il faut remettre en cause ce droit car, comme le dit le philosophe Finkielkraut, il est une entrée dans le monde de la volonté où règne en priorité le désir de chacun. Cette loi comporte, dit-elle, beaucoup trop de vides juridiques et ne protège pas l'enfant. C'est une véritable boîte de Pandore et pourrait aboutir à des formes modernes d'esclavage. Et ajoute, Madeleine de Jessey, l'esclavage on ne l'encadre pas, on l'abolit.

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Ainsi va le monde n°367 – Morale et politique ne font pas bon ménage

Ce qu'on appelle pudiquement des « affaires » traversent la campagne électorale des présidentielles. Des hommes et des femmes en colère les appelleraient des scandales. On descendait autrefois dans la rue pour moins que cela. Certains se réjouiront de l'évolution des passions vers plus de mesure et de maîtrise pour une société plus amène et apaisée ; d'autres, au contraire, prôneront une liberté des émotions eu égard à l'immoralité des conduites, à l'injustice des situations. Ils s'indignent et se mettent en colère. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, classé parmi les sages, faisait du ressentiment, un point d'appui pour garder vivace le sentiment d'injustice, d'humiliation. Dans le ressentiment disait-il : « le cœur est engagé, et c'est pourquoi il prélude au pardon cordial ».

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Ainsi va le monde n°366 - Votez inutile

Votez utile ! L'invitation revient à chaque élection. Elle répond à une question que les uns et les autres se posent : est-ce qu'il est vraiment utile de voter pour un candidat qui n'a aucune chance de l'emporter ? Voter utile, c'est aussi voter pour un candidat qu'on n'apprécie pas nécessairement mais dont on pense qu'il empêchera un autre candidat qu'on apprécie encore moins d'être élu. On peut ajouter une autre question posée par un hebdomadaire : est-il vraiment inutile de voter pour un candidat qui n'a pas de chance de l'emporter ?

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